Contexte historique · France · Chine · 1860

Contexte Historique

Historical Context

Le monde dans lequel Louis Clergerie a navigué — son régiment, son navire et sa guerre.

Louis Clergerie et les Troupes de Marine

Louis Clergerie était soldat de la 3e batterie du 10e Régiment d’Artillerie de Marine, l’une des unités spécialisées des Troupes de Marine françaises. En 1859, ce corps s’appelait encore officiellement Infanterie et Artillerie de Marine — il ne prendrait son nom le plus connu qu’en 1900 — mais c’était déjà la force sur laquelle la France s’appuyait pour ses campagnes coloniales et expéditionnaires hors d’Europe.

L’Artillerie de Marine n’était pas la même chose que l’artillerie métropolitaine qui servait sur les champs de bataille européens. Ses régiments étaient entraînés et équipés pour les opérations amphibies : débarquer sous le feu, déplacer des pièces en terrain inconnu, soutenir l’infanterie à travers les fleuves et les plaines de continents lointains. Les hommes de ses batteries étaient habitués aux longues traversées maritimes suivies de campagnes éprouvantes sous des climats étrangers. Lorsque Louis s’embarque à Toulon en décembre 1859, le corps avait déjà combattu en Algérie, au Sénégal, en Crimée et en Cochinchine. La Chine n’était que le prochain déploiement.

Nous savons par la lettre que Louis était à Toulon le 9 décembre 1859, le jour du départ du Jura. Au-delà de la désignation de l’unité et de la lettre elle-même, le dossier de l’histoire personnelle de Louis — son lieu de naissance, la date de son engagement, son grade, sa survie ou non à la campagne — reste à établir. Le guide de recherches indique exactement où chercher.

C’est donc bien souvent que vous devez dire : qu’est-il devenu ? Il ne nous écrit plus, peut-être qu’il est mort. Louis Clergerie — Le Jura, février 1860

Ce que la lettre nous donne, c’est une voix : la voix d’un jeune homme loin de chez lui, écrivant de la pointe sud de l’Afrique, décrivant un monde que la plupart de ses proches pouvaient à peine imaginer. Elle est personnelle, observatrice, et par moments discrètement remarquable. C’est le genre de document qui ne survit que par chance — et qui ne compte que si quelqu’un prend la peine de le lire.


Le Jura et son voyage

Le Jura était un transport à hélice — un transport militaire à propulsion à vis — au service de la Marine nationale française. À l’ère de la voile, le passage de Toulon à la Chine aurait pris près d’un an. La vapeur a tout changé : Le Jura a effectué le voyage en quelques mois, faisant escale dans une série de ports pour se ravitailler en charbon, en eau, et laisser les hommes se reposer.

La lettre et l’étude militaire Scherer permettent ensemble de reconstruire la route avec certitude. Le Jura quitte Toulon le 9 décembre 1859, passe par le détroit de Gibraltar et fait escale à Santa Cruz de Tenerife, aux Îles Canaries, le jour de Noël pour s’approvisionner en eau. De Ténérife, le navire descend vers le sud-est à travers l’Atlantique, double le Cap de Bonne-Espérance — où Louis écrit sa lettre le 25 février 1860 — et poursuit vers l’est à travers l’océan Indien, faisant halte à la Réunion avant de traverser le détroit de Malacca et d’arriver à Shanghai, point de rassemblement de l’expédition.

Là, le voyage prit un tour inhabituel. Selon l’étude Scherer, Le Jura fut dépêché à Nagasaki, Japon, pour récupérer 114 chevaux destinés à la campagne — une mission logistique qui confère au navire un rôle modeste mais précis dans le registre historique. Après être revenu à Shanghai, il transporta les troupes vers le nord jusqu’au point de débarquement de Tché-fou (Yantai moderne), sur la presqu’île du Shandong, d’où la force franco-britannique marcha sur Pékin.

Carte du voyage du Jura de Toulon à Tché-fou, 1859–1860
Route confirmée du Jura, décembre 1859 – mi-1860. Étapes dérivées de la lettre (pages 1–3) et de l’étude militaire Scherer.
Oui mes chers parents, l’on a raison de dire que c’est beau de voyager, surtout un voyage comme celui-là. Je vous promets que l’on ne peut pas s’ennuyer, surtout étant en aussi bonne santé que je suis, car je crois que l’air de la mer m’est favorable car depuis mon départ de Toulon je n’ai ressenti aucun malaise, si ce n’est que je me suis fait marcher sans dant que me faisait trop mal. Louis Clergerie — Le Jura, février 1860

Le Cap de Bonne-Espérance, où la lettre a été écrite, se trouve à l’un des points les plus éloignés du voyage. Louis était à deux mois de Toulon, environ à mi-chemin de Shanghai, avec toute la largeur de l’océan Indien encore devant lui. Quoi qu’il ait écrit, il savait que la lettre rentrerait plus vite en France par bateau qu’il n’avancerait vers la Chine. C’est le dernier contact de la lettre avec la France avant le début de la campagne.


The Second Opium War

The conflict Louis sailed toward had been building since 1856. Britain and France, pursuing trading rights and diplomatic access the Qing dynasty refused to grant, had already fought a series of engagements in southern China. The Arrow Incident — the boarding of a British-registered vessel by Qing officials — provided the legal pretext Britain needed, and France joined the alliance following the execution of a French missionary. By 1860 the war had escalated to a full expeditionary campaign aimed at Peking itself.

The combined Franco-British force that assembled at Shanghai and Tché-fou in the summer of 1860 was the largest Western military expedition to reach northern China. It comprised roughly 11,000 British and 7,000 French troops, with artillery, cavalry, and naval support. Louis and his battery were among the French artillery contingent — the guns that would decide the campaign’s decisive engagement.

The Battle of Palikao

On 21 September 1860, the Franco-British column met the main Qing army at Palikao (also written Zhangjiawan, or Baliqiao — the “Eight-League Bridge”) on the road to Peking. The battle was brief and decisive. French and British artillery broke the Qing cavalry and infantry before they could close, and the allied force continued its advance on the capital. The Marine Artillery regiments, the units Louis belonged to, were central to the French engagement. Within days, the allies stood at the gates of Peking.

The Summer Palace

The burning of the Yuanmingyuan — the Old Summer Palace north-west of Peking — remains the campaign’s most contested episode. On 6 October, allied troops entered the palace complex and looted it extensively. The British commander Lord Elgin then ordered the buildings burned, partly as reprisal for the torture and murder of prisoners taken during earlier negotiations. The fire lasted three days. Thousands of structures, artworks, and irreplaceable manuscripts were destroyed. The ruins stand today as a deliberate memorial.

The French government was ambivalent about the burning; the French commander Montauban, who gave his name to the battle of Palikao and was created Comte de Palikao in its honour, opposed it. For the soldiers on the ground, the palace represented something else: an opportunity for plunder on a scale they would never see again. Objects from Yuanmingyuan circulate in European collections and auction houses to this day.

The Treaty of Peking

The Convention of Peking, signed in October 1860, ended the Second Opium War. China ceded Kowloon to Britain, opened additional treaty ports, permitted Christian missionary activity throughout the empire, and paid substantial indemnities to both powers. France secured expanded rights for its missionaries and traders. For the French soldiers who had sailed from Toulon the previous winter, the campaign was over. The voyage home lay ahead.

Je vous donnerai les détails sur les habitants et sur leurs mœurs dans ma prochaine lettre. Je pense que nous serons dans notre ville Bourbon[?] à mi-chemin de Chine. Louis Clergerie — Le Jura, février 1860

Whether Louis participated in the battle of Palikao, witnessed the burning of the Summer Palace, or returned to France after the treaty — these questions remain open. The letter documents his journey toward the campaign. What happened once he arrived is the next chapter of a story that archival research may yet recover. See the Research Guide for where to look.