The Letter
Louis Clergerie — Le Jura, Cap de Bonne-Espérance, 25 février 1860
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Cap de Bonne-Espérance, le 25 février 1860
Chers parents,
Depuis le temps que vous n’avez pas reçu de mes nouvelles, je crois fort bien qu’il vous ai paru une bien longue à votre tendresse depuis une époque aussi éloignée. C’est donc bien souvent que vous devez dire : qu’est-il devenu ? Il ne nous écrit plus, peut-être qu’il est mort. Un seul mot mes chers parents pour vous rassurer de cette méchante idée : pauvre parents tranquillisez-vous, je vais vous tirer de certitude et vous donner le peu de détails de ce que j’ai écrit depuis le commencement de mon voyage et vous récompenser d’une longue lettre car vous deviez penser que je ne puis vous faire passer de mes nouvelles que lorsque nous relâchons. Dans ma dernière lettre je ne pourrai pas vous en donner de nouveau, nos muguerdi[?] je vais vous donner de plus longs détails.
Oui mes chers parents, l’on a raison de dire que c’est beau de voyager, surtout un voyage comme celui-là. Je vous promets que l’on ne peut pas s’ennuyer, surtout étant en aussi bonne santé que je suis, car je crois que l’air de la mer m’est favorable car depuis mon départ de Toulon je n’ai ressenti aucun malaise, si ce n’est que je me suis fait marcher sans dant que me faisait trop mal.
Nous sommes donc partis de Strasbourg le 21 novembre et arrivés à Toulon le 25 à 11 heures. Le soir l’on nous fit camper sur le môle. Le matin l’on nous expédia à la caserne d’infanterie de marine et nous y restâmes jusqu’au 1er décembre pour où l’on nous fit embarquer à bord du Jura frégate à vapeur selon le dire des matelots. Est-là une bonne construction et marche bien. Les troupes qui sont à son bord sont la troisième batterie du 10ème, la 10ème Du[?] et la 11ème du 9e d’artillerie. La 3e ferie — nous constations de douze-cents hommes — le 8 décembre après huit jours. Je nous laisse en rade pour nous faire à la mer. Le 9 on lève l’ancre et nous disons adieu au sol de la patrie. Le 9 on nous distribua un hamac pour deux hommes et l’on règle les services par bord. L’un des bâbords et l’autre tribord, chaque bord fait bon, comme appétit...
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...qu’ils ont reçu le second baptême. À toute comme les compagnons ils ont honte de se faire moquer. Ainsi je ne puis pas vous démontrer les misères que l’on a pour le recevoir, mais aussi l’on se fait bien du bon sang.
C’est bien beau que dites-vous sur le vaste Océan — le miroir bleu des étoiles, c’est un beau coup d’œil que le coucher du soleil. L’horizon et le ciel qui est nuancé de mille couleurs. Mais c’est triste lorsque l’on a contemplé ce tableau que l’on pense à sa patrie, à sa famille et que l’on en est aussi loin.
Je vais vous faire l’explication de la nourriture que nous avons à bord en partant de Toulon. Nous avions du bœuf frais mais le chien du cuisinier n’en voulait pas — ça a duré vingt jours — pour ne pas jeter trois vaches qui étaient mortes de rague et il y avait deux vers. Nous les avons mangées. Quelqu’un que fut délicat n’aurait pas voulu en manger et nous en ferions une douce revenance. À la vendome du présent, le matin à cinq heures nous avons une quart de café et un biscuit. À onze heures et demi du lard et des haricots, un quart de vin et demi livre de pain. Le soir à vingt heures un biscuit, des pois secs, des fèves, l’ou des haricots et un quart de vin. Le vendredi du fromage à midi et pas de lard. Le dimanche à midi nous avons du bœuf à la mode qui est dans des conserves et qui est très bon. Le lundi nous avons du bœuf salé le plus mauvais de tout, mais nous y sommes habitués.
Enfin nous arrivons au cap après quelques difficultés car il fait toujours mauvais temps dans ces parages et je vous direz que nous avons resté vingt et un jours dans un parage surnommé le poteau noir rapport au mauvais temps qui y est continuel mais nous en sommes sortis quitte de rien. C’est là où j’ai vu des trombes d’eau, mais heureusement tout du navire quelques fois et souvent ça fait sombrer des navires.
Nous sommes arrivés au cap le 23 février, juste au moment des vendanges. Je vous promets que le vin et les raisins sont bons.
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Lorsque nous aurons fait la traversée nous serons bons pour la marine. Enfin nous avons comme matelots la muse. Ils nous apprennent la chanson, la loch et la carve[?] de mains pour passer le temps et la nuit : les contes et les chansons.
Le 10 au matin la brise s’est élevée et nous avons eu les îles de Garajon[?] ou les Baléares et navigué quelques jours après nous rentrons dans le détroit de Gibraltar. Le 11 le vent s’élève et souffle avec force et la mer devient houleuse et se calme le matin. Le 19 la brise continue de nous pousser sur la haute mer. Le 20 nous avons bonne brise et nous prenons bonne route. Le 21 nous voyons les terres des Îles Canaries et à quatre heures l’on vit le pic Ténérif[?] et nous cherchons à rentrer dans la baie pour relâcher. Arrivés là, le vent nous est contraire, nous avons rejoints à Santa Cruz. Les espagnols sont venus avec des lands[?] chargés d’oranges et de cigares. Les oranges : quatre pour un sol. L’on a fait de l’eau et nous avons partis le lendemain.
Le 29 un accident vint nous arriver au milieu de nos jeux : un matelot travaillait sous la vergue misaine et prit l’équilibre et tombe à la mer. Il était bon nageur et je donne le prix[?]. 3 janvier, le même retombe. L’on a beau le chercher avec des embarcations, le malheureux était perdu, l’on ne le retrouva pas.
Le soir nous avons vu des poissons volants, c’est curieux de voir. Ça prisonnier des dauphins les plus beaux que l’on puisse avoir. Tous les jours l’on en voit. De nouveau ces marsouins qui se jouent avec l’eau. Nous avons vu des requins et nous en avons pris deux et l’on fait la peau d’un pour couvrir une porte-montre.
Je vous dirai que nous avons passé sous le tropique, c’est fête sur tous les bâtiments que passent sous la ligne du soleil et je vous promets que j’ai ri et je suis d’ait battu deux fois au baptême — mais d’une drôle de manière. Il y avait trois pompes qui nous ont arrosé depuis midi jusqu’à dix heures du soir mais ce sont les officiers qui sont d’ait bien parasés[?]. L’équipage était déguisé de toutes manières. Il y avait un vieux marin qui jouait le rôle du père la ligne car l’on a joué la pièce du tropique.
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...gros comme la tête. Pour vous dire ce que j’ai trouvé de drôle c’est d’avoir vu jusqu’à seize bœufs après une petite charrette qu’un homme trainerai à la course. Je vous donnerai les détails sur les habitants et sur leurs mœurs dans ma prochaine lettre. Je pense que nous serons dans notre ville Bourbon[?] à mi-chemin de Chine.
Je finis ma lettre en vous embrassant mille fois de cœur. Faites bien des compliments à toutes la famille, aux voisins et à mes amis et à tous ceux qui s’intéressent de moi.
Adieu mes chers parents, votre dévoué fils,
Clergerie Louis Discours de l’aumônier — À bord du Jura, 9 décembre 1859
À Mes Amis,
Nous laissons derrière nous le sol de la patrie. Nous laissons tous nos affections pour entreprendre une campagne bien longue. N’éprouvons nous pas tous le besoin et la plaisanterie les mains de Dieu que Dieu protège la France qui nous protège aussi. Notre prière est bien faite, tel sont nos vœux. Et pour mes amis, c’est la mission que nous est confiée avec l’ordre de Dieu. Vous saurez le remplir dignement comme l’ont fait vos frères de Sébastopol et de Solférino. Vous rapporterez à la France son drapeau pur de toutes taches et couvert de gloire. Saluons donc la patrie encore une fois et partons au cri de nos in marchant aux combats.
Dieu et Empereur
à bord du Jura le 9 décembre 1859
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Cape of Good Hope, 25 February 1860
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